Le prix de la liberté 20

Je ne sais plus quel philosophe a dit un jour que le malheur est le prix du bonheur. A bien y réfléchir, je crois que c’est Madame Sanchez, ma concierge… Faut toujours qu’elle fasse la maligne avant les étrennes celle-là !

Bref. Toujours est-il que je me demande si ce ne serait pas Madame Sanchez qui a raison les gros. Voyez un peu que je nage en plein bonheur depuis quelques mois et que soudain, alors que je suis plutôt du genre à me concentrer sur les petits plaisirs simples de la vie, voilà que je plonge dans un état de semi-dépression post-happiness. La peur que le bonheur s’en aille un jour m’a littéralement assailli les gros, à tel point que je ne pense plus qu’à ça !

Mais le pire dans tout ça n’est pas tant que je ressemble à une névrosée depuis quelques jours. Non. Parce que ça, je sais que ça passera. Enfin j’espère, parce que ça va bien comme ça les yeux de panda ! Non. Le pire les copains c’est que je me prends en pleine face, comme ça d’un coup d’un seul, de vieux démons avec lesquels j’étais persuadée d’avoir réglé mes comptes depuis longtemps et que je pensais ne plus jamais croiser.

Je vais essayer de ne pas m’éterniser sur le sujet vu que tu n’es pas mon psy (quoique ?) et que j’ai franchement envie de passer à autre chose. Mais ça me rend marteau de me rendre compte que je devrais vivre avec ça toute ma vie. Qu’importe le nombre de chèques que je pourrais laisser chez le thérapeute, qu’importent les sourires et la joie de vivre qui m’accompagnent la plupart du temps : je n’arriverais sans doute jamais à me défaire de cette putain de peur de l’abandon et de cette idée stupide qu’un homme ne pourra jamais vraiment m’aimer. Tout ça à cause de lui.

Est-ce que tu crois qu’il se rend compte à quel point la décision qu’il a prise il y a très longtemps, celle de détester ma mère au point de me détester moi, pèse sur ma vie au quotidien ? Est-ce qu’il sait qu’il m’a brisée et que je me bats tous les jours pour me construire et devenir une femme respectable, une femme qu’on pourrait aimer ? Est-ce qu’il a conscience que ses choix, aussi minimes (et minables) furent-ils, étaient si lourds de conséquences ?

Le pire les gros, c’est que je crois qu’il sait tout ça. Et le pire du pire, c’est qu’il en a rien à foutre.

Mais je vais faire face. Déjà parce que j’ai conscience de tout ça, et ça c’est ma force. Et puis parce que j’ai un homme merveilleux qui partage ma vie, et ça c’est ma chance.

Et sinon ce matin j’ai filé mon collant 30 deniers. Tout fout le camp ma brave dame !