Depuis quelques semaines, la cantine de mon boulot est fermée pour travaux de rénovation (oui, comme ta station de métro), au grand désespoir de ma carte bleue. Non pas à cause de la différence de prix pratiquée par les restaurants des alentours, mais plutôt parce que je passe maintenant la plupart de mes pauses déjeuner dans les magasins du centre commercial du coin. Comment ça si je dis à mon mec « mais chéri, c’est pas de ma faute si j’ai encore craqué pour une paire de shoes, tu comprends, c’est à cause de ma cantine !« , c’est pas une excuse ?

Je travaille à La Défense, tout près des Quatre Temps (pas vrai que je t’envoie du rêve ?). Je ne sais pas si c’est parce que j’y flâne plus souvent qu’avant ou si c’est parce que je vivais dans un monde parallèle du temps où j’avais une cantine, toujours est-il que j’ai fait un constat étrange lors de mes virées déjeunatoires quasi-quotidiennes : il y a de plus en plus de (très) jeunes filles entièrement voilées.

Tu me connais, je ne m’intéresse ni de près ni même de loin à la religion. A aucune d’entre elles. Les débats sur le voile ou sur le mariage des prêtres me passent au-dessus complet. Je ne me sens tellement pas concernée par tout ça que j’ignore volontairement tout ce qui s’en rapporte, même si la religion reste un thème de société et souvent d’actualité. Quoi qu’il en soit, je suis de ceux qui pensent que chacun est libre de croire en ce qui le rassure. Point.

De ce fait, les nanas voilées ne m’ont jamais dérangée. J’entends par là que j’accepte de vivre avec les différences des uns et les croyances des autres. Je ne pense pas que le voile puisse être réduit au simple symbole de soumission… Je connais mal le sujet, certes, mais j’ai quand même l’impression que c’est plus complexe que ça. Mais contrairement à certaines femmes qui expliquent que porter le voile est une forme de respect envers leur mari (et elles-mêmes), là je m’insurge : je trouve que cacher ses apparats féminins pour ce genre de raisons réduit l’homme à son plus simple état d’animal. En gros, je me cache car comme vous n’êtes que de gros cochons, vous êtes incapables de penser autrement qu’avec votre bite en me regardant.

Bref. C’est plus complexe que ça, on a dit.

Toujours est-il que lorsque je traine ma carte bleue aux Quatre Temps, je me retrouve très souvent au milieu de beaucoup de jeunes filles complètement voilées. On ne voit que leurs yeux (souvent très fardés au demeurant), même leurs mains sont gantées.

Malgré tout, elles sont là, comme n’importe quelles autres jeunes filles de leur âge, à déambuler dans les rayons de H&M, Zara et consorts, accompagnées de leurs copines, habillées elles comme des jeunes filles « lambda ». Elles se racontent des anecdotes rigolotes, déblatèrent sans doute sur Caroline, grande absente de cette virée shopping, doivent aussi se confier des secrets amoureux. Tout du moins je l’imagine… En caisse, le butin de ces jeunes filles est similaire au tiens : tshirt graou, jean slim, sweat douillet pour les jours pluvieux à venir. Bref, si tu n’avais pas 15 ans de plus, tu pourrais même avoir des points communs avec elles. Oui sauf que voilà, c’est sous une grande tunique noire qu’elles cachent leurs dernières trouvailles modesques, pendant que toi tu t’affiches sur l’internet mondial.

Dit comme ça, la scène n’a rien de choquant. Et pourtant, il y a comme un malaise dans l’air. Ce malaise n’émane pourtant  pas d’elles : elles, elles ont l’air très à l’aise et tu peux même lire dans leurs yeux une lueur de fierté. C’est comme si leur regard disait « j’assume parfaitement, alors mêle-toi de ton découvert« .

Mais quand même, je m’interroge. Comment peut-on vouloir se planquer derrière cet uniforme si triste quand on a à peine 16 ans ? Comment se fait-il qu’en seulement quelques années, les ados soient passées du string vulgos qui dépasse du pantalon taille basse à ça ?

Je ne veux pas jouer les psys de comptoir, mais je me demande si derrière tout ça ne se cacherait pas une forme de manque de confiance en soi. Assumer pleinement ma féminité est sans doute ce qui m’a sortie de ma rébellion d’adolescente. Je ne dis pas que toutes ces jeunes filles ont honte d’elles, je l’ai dit plus haut, je pense que c’est beaucoup plus complexe. Mais pour la première fois depuis longtemps, la religion m’a choqué au sein même de mon pays…