Jeune fille au père 22

Les gros,

Je voulais te raconter ma version de la fashion week homme, avec tous les trucs fashions-délires que j’ai vécu là-bas, aux défilés. Et puis en fait, à part se foutre de la gueule des looks de certains qui sont considérés comme des faiseurs de tendances par toute la profession, je trouve que le sujet n’est pas franchement fendar !

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Je voulais aussi te dire que j’ai passé un demi-week dans le monde magique de Mickey, avec des putes que j’aime d’amour (c’est désormais officiel) et que j’ai kiffé ma race. Mais la vérité, qu’est-ce que t’en as à faire ? Tu comprendrais pas les private jockes, ça serait même pas drôle.

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Alors je me suis dit que je trouverai bien des conneries à te raconter ce matin, histoire que tu rigoles un peu et que tu ne crois pas que je sois moi aussi tombée dans le cimetière blogosphérique. Faut dire qu’il y a une tripotée de blogs qui meurent, ces derniers temps (une minute de silence, svp).

Et puis cette nuit, j’ai fait un drôle de rêve. Un rêve où y’avait mon père dedans. Mon vrai père, celui qui a mis sa graine dans le ventre de ma maman. Dans ce rêve, j’étais dans un amphithéâtre, comme dans mes années fac, assise aux côtés de mes cousines en train de gribouiller des conneries sur une feuille, tellement je me faisais chier. Va comprendre pourquoi, la salle était montée à l’envers : le prof était en haut des marches et nous autres pauvres étudiants, tout en bas. Et là, d’un coup d’un seul, t’as mon reup’ qui débarque dans la salle sur un son de Michael Jackson et qui essaye à tout prix de se rapprocher de moi, le tout en tentant une chorégraphie effrénée mais non moins ridicule.

Les rêves quand même, c’est drôlement n’importe quoi ! L’inconscient qui parle, soit disant … Mouais. Encore, pour l’amphithéâtre, j’arrive à comprendre. C’est-à-dire que je me tâte grave à reprendre les chemins de l’école ces derniers temps. Pour MJ, c’est fastoche. Depuis qu’on fête sa première année d’outre-tombe, on n’entend et ne voit que lui (ça aurait pu être une équipe de foot qui fait grève, ceci dit). Mais alors pour mon père, là, je sèche …

Je vais pas tout te raconter sur le monsieur. Ca serait long et puis des nanas qui ont mal à leur père, y’en a quand même une ribambelle (le monde serait-il plein de salauds ? Je m’interroge …).

La seule chose à retenir c’est que j’ai fait mon « deuil » il y  a bien longtemps et que depuis, je ne me culpabilise plus de rien. Cette révélation m’a coûté au bas mot des années chez le psy (qui au passage m’a délesté de quelques milliers d’euros), mais bordel de merde, ça en valait la peine ! La vie est quand même plus belle.

Aujourd’hui, je suis une grande fille qui ne vit plus dans l’espoir d’être un jour reconnue et aimée par son père. 1/ j’ai bien compris que ce jour a de grandes chances pour ne jamais arriver, 2/ je m’aime, c’est déjà plutôt pas mal et 3/ d’autres personnes toutes aussi importantes, si ce n’est plus, m’aiment et sont fières de moi. Je suis donc sauvée !

J’avais donc cessé d’y penser et de me torturer l’esprit avec toutes ces conneries. Mais ce matin, après ce rêve, comateuse devant mon café, la tête encore à moitié dans mon cul et des crottes plein les yeux, j’ai analysé tout ça et je me suis rendue compte que malgré tout, une question me tarabuste encore : pourquoi ? Why ? Porque (te vas) ?

Qu’il ne m’aime pas, soit, je m’en accommode. Mais pourquoi ? Je veux dire, à quel moment dans sa vie on décide de ne pas aimer ses enfants juste parce qu’on ne s’aime pas soi-même ? Je ne suis pas mère, je suis loin de le devenir, mais quand même, je n’arrive pas à imaginer une seconde qu’on ne puisse pas aimer ses enfants. Enfin, quand je dis « ses« , je devrais dire son. Puisque des enfants, en tout, il en a 3. Les autres, ça va. Mais moi, il ne m’aime pas. Alors oui, je sais, je suis le miroir de ma mère, c’est bien trop difficile pour lui, il fait un transfert de la haine qu’il lui porte sur moi.

Mais mon père, à la base, c’est pas un mec con. Mes grands-parents sont des gens biens, ils l’ont élevé correctement. C’est un homme intelligent je crois, cultivé sûrement, qui a fait des études et qui vit dans un milieu plutôt privilégié. Il est donc loin du cliché père alcoolo consanguin du Nord qui préfère taper sur ses gosses plutôt que les embrasser.

Je crois être une personne forte. Je crois m’être relevée du traumatisme de l’abandon d’un père. Je crois être heureuse dans ma vie et surtout, je crois que j’ai réglé mes problèmes avec tous ces démons. Mais pourtant, je crois que je vais devoir vivre le restant de ma vie avec ce fantôme, cette question pourtant si simple qui hante malgré tout mon inconscient : pourquoi ?

Et sinon toi, ça va ?