Et ta soeur ? 21

mouchoir-maquillage

J’ai trois frères. Si on veut jouer sur les mots et être plus con précis, disons que j’ai trois demi-frères. Pas des mecs unijambistes ou coupés en deux au laser dans le sens de la longueur, sois pas con. Juste des mecs qui n’ont pas à 100% le même ADN que moi. Y’en a un qui provient du même utérus que moi et les deux autres de la même quéquette (poésie, quand tu nous tiens).

Aujourd’hui, on ne va pas s’attarder sur celui dont je t’avais déjà fait l’éloge vu que lui, il est tout simplement parfait. Parlons plutôt des autres, ceux qui vivent chez mon géniteur et avec lesquels j’ai un souci aujourd’hui. Histoire que tu ne sois pas largué avant même que ça relève de l’exposé freudien, je me permets de te situer un peu les choses. Ok, c’est moins intéressant que mes cheveux brillants, mais n’oublie pas que tu devais faire figure de journal intime du virtuel, à la base !

Donc il ne t’aura sans doute pas échappé que j’ai comme qui dirait un problème avec mon paternel et ce depuis ma naissance à peu près. Non, depuis mes 6 mois plutôt (lol). C’est sûr que pour favoriser les rapports soeur-frères, ne jamais être en contact avec la personne qui fait office de lien, c’est pas très pratique. Sauf que, avec l’aide de mes grands-parents paternels, j’ai toujours fait en sorte que ce lien existe ou tout du moins qu’il soit connu d’eux. Malgré tout, la distance qui nous sépare (près de 500 km), la différence d’âge et tout le reste (plein de sous-entendus) ont eu raison de nos relations. Ceci dit, je ne pensais pas pour autant que nos rapports viendraient un jour à être aussi … inexistants.

Ca fait quatre ans que je ne les ai pas vus. Quatre années ponctuées de quelques coups de téléphone (voire juste des SMS) pour nos anniversaires respectifs et d’une carte de voeux en fin d’année. Je sais que pour certains c’est déjà beaucoup, mais pour moi c’est plutôt light. Disons que ce n’est pas vraiment comme ça que se construisent les relations entre les hommes, en vrai.

Bêtement, je m’étais dit que quand ils deviendraient des hommes et qu’ils seraient en âge de comprendre certaines choses, j’aurais de grandes discussions avec eux. Non pas pour régler mes vieux comptes avec leur père, mais peut-être qu’une simple mise au point jumelée à leur maturité auraient pu nous aider à avancer tous les trois. Qu’on apprendrait alors à mieux se connaître, à s’aimer vraiment pour quelque chose et non pas pour la simple raison qu’on a un peu du même sang qui coule dans nos veines, et qu’on partagerait enfin autre chose que nos gènes.

Et au lieu de ça, ma grand-mère est morte. Tu vois peut-être pas le rapport, mais moi aujourd’hui je sais que finalement c’était elle notre lien. Car depuis sa disparation je ne les ai pas vus et on ne peut pas vraiment dire que nos rapports se soient développés. Ils ont grandi, sont devenus des adultes et commencent à s’émanciper de leurs parents et plutôt que de se rapprocher de moi comme je l’espérais, c’est tout l’inverse. Ils ne sont jamais disponibles pour me voir et y’en a même un qui a oublié mon anniversaire cette année.

Oh, c’est pas bien grave, c’est sûr. Mais quand tu apprends sur Facebook qu’ils sont à Paris et qu’ils n’ont même pas le temps ou l’envie de faire l’effort de boire ne serait-ce qu’un café avec toi, ça fout un peu les boules en fait. J’ai beau me faire une raison les copains, il n’empêche que ce matin dans le métro, j’ai pleuré comme une gamine à qui on apprendrait que Princesse Sarah est morte de froid dans son grenier mal chauffé (d’où le mouchoir tout dégueu, là-haut).

Alors voilà. J’ai deux frères, de 22 et 19 ans, dont je ne sais rien et pour qui je suis une étrangère. Et c’est ça finalement que mon père m’a volé.

Une petite blague, là, tout de suite, ça serait pas de refus. En vous remerciant !